Texte de la semaine, le conditionnement collectif.

A lire et relire – Texte de Serge Carfantan sur le cynisme politique. A la fois inquiétant et étonnant d’actualité.

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Surtout pas de philosophie. Là encore, il faut user de persuasion et non de violence directe : on diffusera massivement, via la télévision, des divertissements flattant toujours l’émotionnel ou l’instinctif. On occupera les esprits avec ce qui est futile et ludique. Il est bon, dans un bavardage et une musique incessante, d’empêcher l’esprit de penser. On mettra la sexualité au premier rang des intérêts humains. Comme tranquillisant social, il n’y a rien de mieux.

En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur.

L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. On observe cependant, qu’il est très facile de corrompre un individu subversif : il suffit de lui proposer de l’argent et du pouvoir ».

Serge Carfantan.

A propos de l’auteur :
Serge Carfantan est docteur agrégé de philosophie, spécialiste de la philosophie indienne et de la pédagogie de la philosophie.
Il a enseigné à Bordeaux, Libourne, Parentis, Mont de Marsan, Pau et à l’université de Bayonne.

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un cours sur le cynisme politique, dans lequel il s’inspire notamment des oeuvres d’Aldous Huxley, le Meilleur des mondes, et de Gunther Anders, l’Obsolescence de l’homme.

Retrouvez Serge Carfantan sur son blog.

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Commentaires

  1. Tof
    9 septembre 2013 at 12 h 30 min

    Ce texte, il est écrit par Gunther Anders ou Huxley ?

    • martin jdv
      18 septembre 2013 at 15 h 22 min

      Bonjour,

      Bonne question ! La source du texte n’étant pas claire nous sommes justement en train de vérifier dans les versions papier (texte relayé alternativement comme extrait du Meilleur des Mondes d’Huxley ou de l’Obsolescence de l’Homme de Gunther Anders. Il semble qu’au final ce texte ait été rédigé par Serge Carfantan, philosophe, en s’inspirant de l’ouvrage de Gunther Anders. Nous essayons de le contacter pour confirmer.

  2. Goncalves
    14 septembre 2013 at 14 h 21 min

    Rien d’étonnant…malheureusement.
    Pour l’éveil des consciences:
    http://jcjeveritas.canalblog.com/

  3. Jean Baptiste Vançon
    9 octobre 2013 at 3 h 41 min

    La construction d’un Homme nouveau vient de loin et trouve ses racines chez les pseudo-philosophes des Lumières. On pouvait lire à cette époque ceci : « « Il est à propos que le peuple soit guidé , et non pas qu’il soit instruit , il n’est pas digne de l’être » . C’est de Voltaire. et ceci : « Le bien de la société demande que les connaissances du peuple ne s’étendent pas plus loin que ses occupations »… un autre penseur : La Chalotais dans son  » Essais d’éducation nationale  » de 1763

  4. DELAUBE
    14 décembre 2013 at 9 h 04 min

    Ce texte est de HUXLEY ou un véritable plagiat… Vérifiez vos sources !!!

    • Wilhelm du JdV
      14 décembre 2013 at 18 h 35 min

      Chère Delaube:
      comme indiqué par Martin, dans son commentaire en date du 18/09/13, la rédaction est en train de procéder à des vérifications sur la paternité exacte de ce texte, suite à une série d’interrogations.

      Nous tiendrons évidemment les lecteurs informés dès que nous aurons une certitude.

      D’ici là, si tu as des informations en ce sens (et non une critique seule), nous sommes preneurs.

    • Damien
      1 juillet 2014 at 8 h 18 min

      Le meilleur des mondes a été publié en 1932. Pourquoi parle-t-il des méthodes d’Hitler? Un voyant Huxley?

  5. rpi
    14 février 2014 at 10 h 26 min

    des infos supplémentaires sur qui a véritablement accouché de ce texte ? on trouve tout et n’importe quoi sur le net.

  6. sam
    23 avril 2014 at 1 h 43 min

    Ce texte est d’Aldous Huxley, le meilleur des mondes

    • Damien
      1 juillet 2014 at 8 h 18 min

      Le meilleur des mondes a été publié en 1932. Pourquoi parle-t-il des méthodes d’Hitler? Un voyant Huxley?

  7. GuyF
    31 mai 2014 at 17 h 45 min

    Bonjour, Serge Carfantan est l’auteur d’un livre ( un de mes préférés)
    « Conscience et connaissance de soii » dans lequel il dit
    Si nous étions plus lucides, chaque vécu pourrait nous instruire
    et faire fructifier la connaissance de soi.
    Si notre conscience était plus éveillée et notre cœur plus sensible
    nous apprendrions de chaque passant.
    Presse Universitaire de Nancy, 1992
    C’est ma maxime préférée et la motivation profonde de mon métier . Lisez-le Cordialement

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