Vulgarisation: quel enjeu pour l’embryon ?

Introduction:   Le 16 juillet 2013, suite au scrutin public, la proposition de loi -constituée d’un seul article (cf. illustration ci-dessus)-, autorisant sous certaines conditions la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires; a été validée par l’Assemblée Nationale à 314 voix pour et 214 voix.

Plus de soixante députés ont saisis ensuite le Conseil Constitutionnel qui est compétent pour dire si une disposition législative porte ou non atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit. Il a un mois pour se prononcer.

Pour tenter de mieux comprendre de quoi il s’agît, nous avons rencontré @VeilleurEmbryon, Twittos scientifique et engagé.

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Jordane > Qu’est-ce qu’un embryon en fait ?

@VeilleurEmbryon > Un embryon est directement issu de la rencontre d’un ovule et d’un spermatozoïde pour donner une cellule unique, le zygote.

Cette cellule, qui a un patrimoine génétique nouveau, unique au monde, va se diviser une première fois, puis une deuxième, une troisième et ainsi de suite pour donner une petite boule qu’on nomme morula (car elle a une forme de mûre).

Puis les cellules vont commencer à se différencier : c’est le stade blastocyte  qui va s’implanter dans le tissu utérin. Certaines cellules donneront les tissus extra-embryonnaires et d’autres les tissus embryonnaires. C’’est à ce moment là qu’on peut extraire ces dernières pour les mettre en culture, et créer ainsi des lignées de cellules souches embryonnaires.

C’est encore un embryon pendant plusieurs semaines de développement ; on s’accorde en général à parler de fœtus deux mois après la fécondation, mais c’est davantage une convention qu’une étape précise du développement.

Jordane  > Pourquoi l’embryon intéresse-t-il la science ?

@VeilleurEmbryon > Les lignées de cellules souches embryonnaires peuvent être différenciées pour donner tous les types cellulaires du corps humain. Elles présentent donc un avantage majeur pour la thérapie cellulaire de par leur versatilité.

Des centaines de lignées de cellules souches embryonnaires existent et sont disponibles. Cependant certains chercheurs veulent pouvoir créer de nouvelles lignées soit pour maitriser eux-même tout le processus soit pour modéliser certaines maladies. Mais pour cela, il faut détruire de nouveaux embryons. Il faut donc préciser que le mélange fait dans ce projet de loi entre la recherche sur l’embryon et celle sur les cellules souches embryonnaires n’avait pas lieu d’être: on aurait pu autoriser les secondes au titre du moindre mal, sans autoriser la destruction de nouveaux embryons.

Jordane > >N’existe-t-il pas d’autres cellules qui pourraient donner le même résultat ?

@VeilleurEmbryon > Cette question a été beaucoup débattue au cours d’un dialogue de sourds à l’assemblée et peu de personnes sont vraiment capables de répondre sans préjugé d’une forme ou d’une autre.

Les cellules adultes reprogrammées (dites cellules iPS pour induced plutipotent stem cells) du Pr Shinya Yamanaka peuvent-elles vraiment remplacer les cellules souches embryonnaires ? Le mieux est de laisser la parole aux vrais spécialistes mondiaux des cellules souches et leur réponse est positive (références web) ; outre Yamanaka lui-même je citerais Martin Evans, le découvreur des cellules souches embryonnaires de souris, prix nobel 2007 ou Rudolph Jaenisch, spécialiste mondial des cellules souches, ou encore Ian Wilmut, le père de la brebis Dolly, premier mammifère cloné.

Des découvertes récentes confirment ces avis : tout d’abord on a accès désormais à la «conversion directe» qui transforme une cellule adulte en une autre cellule adulte sans passer par l’étape cellule souche, en diminuant donc les risques de cancer. Ces cellules ne sont pas des cellules iPS mais ces découvertes découlent directement des travaux de Yamanaka.

D’autre part une équipe chinoise vient d’arriver à reprogrammer des cellules sans introduire des gènes particuliers comme l’avait fait Yamanaka (avec à nouveau des risques de cancer) mais en utilisant des molécules chimiques : le processus de reprogrammation peut donc être désormais mieux maitrisé.

Tout laisse donc penser qu’on pourrait se passer de la recherche sur l’embryon.

Jordane > Les quatre conditions cumulatives précisées par le projet de loi mentionnent notamment « l’absence de techniques alternatives » et « le respect des principes éthiques ». N’est-ce pas suffisant pour que finalement cette loi demeure sans effets ?

@VeilleurEmbryon > Ces critères sont certes un moindre mal. Mais dans le cadre du régime précédent qui a été dénoncé par certains comme « trop contraignant » avec des critères plus sévères on a vu que 90% des demandes déposées étaient acceptées. On peut donc craindre que cela entraine une inflation des demandes et des autorisations. L’avenir dira s’il existait un réel besoin des chercheurs mais ce ne sont pas ces critères qui seront déterminants.

Jordane > Si le Conseil Constitutionnel valide ce projet de loi, il sera vraisemblablement promulgué peu de temps après. La majorité des français aujourd’hui n’en fait pas grands cas. Pourquoi c’est grave selon vous ?

@VeilleurEmbryon > La réponse devrait être simple :

Nous sommes tous issus d’un embryon, qui s’est développé en fœtus, puis en petit enfant après la naissance. Nous devrions donc tous reconnaître dans un embryon un petit être humain en devenir dont la valeur est intangible et immuable ;

L’embryon devrait commander le même respect qu’un enfant ou un adulte, même si ce n’est qu’une petite boule de cellule qui n’a pas forme humaine. Faire de la recherche sur l’embryon, c’est ramener ce petit être au rang de rat de laboratoire.

Mais la question du statut de l’embryon est impossible à poser car cela entrainerait naturellement d’autres questions : comment continuer à considérer l’avortement comme moralement justifié si on donne un statut de personne humaine à l’embryon ?

C’est pourtant bien cela qu’il faudrait faire : donner un statut juridique à l’embryon et au fœtus.

Jordane > Pourquoi cette cause vous touche-t-elle plus qu’une autre aujourd’hui?

@VeilleurEmbryon > Je n’ai jamais pu comprendre comment notre société pouvait donner une valeur presqu’infinie à un embryon s’il faisait l’objet d’un projet parental, mais le traitait comme un tas de cellules informe s’il n’était pas désiré ou pas implanté.

Ces petits êtres, indéniablement humains par leur constitution génétique, ne peuvent pas avoir une valeur à géométrie variable selon l’avenir qu’on leur réserve.

Titulaire d’un doctorat en biologie du développement, il me paraît invraisemblable qu’on puisse prétendre qu’un embryon n’est pas un être humain comme cela a été dit à plusieurs reprises par des députés et autres sommités politiques, voire pas un être vivant comme cela a été prétendu par certains.

En voyant un embryon, qu’il soit de grenouille, de poisson ou de mouche, il ne fait aucun doute que c’est un être vivant de son espèce propre et qu’il ne viendrait à l’idée d’aucun scientifique de prétendre qu’il n’est pas vivant.

Jordane > A quel moment et pour quelle raison avez-vous décidé de monter votre blog, votre compte twitter à ce nom ?

@VeilleurEmbryon > J’ai décidé de monter ce blog et ce compte twitter pour que les veilleurs n’oublient pas l’embryon. Je suivais à distance les manifestations quotidiennes de la fin du mois d’avril car j’habite en province ; j’ai été très sensible à l’apparition des veilleurs, et j’ai pu participer à ce mouvement dès que des veillées ont été organisées dans ma ville.

Jordane > Qu’envisageriez-vous pour sensibiliser la Société à cette cause ?

@VeilleurEmbryon > Cela prendra du temps, et il faudra faire un effort de pédagogie. Il faudra montrer que le développement d’un individu, de la conception à l’âge adulte est un processus continu qu’on ne divise qu’artificiellement. (Comme le film «L’Odyssée de la Vie» par exemple, de Nils Tavernier)

Certes on peut reconnaître des étapes dans le développement avec l’implantation dans le tissu utérin, la formation des premiers neurones, l’apparition de la sensation (souvent prise comme limite pour l’autorisation des avortements), la naissance, l’apparition du langage, etc. Cependant tout cela découle naturellement d’un processus unique et initiateur qui est la fécondation.

En filmant ce processus de développement de la fécondation à l’individu adulte dans des espèces animales on pourrait peut-être montrer à quel point le développement est un processus continu et régulier et que le zygote puis l’embryon méritent donc un respect particulier, au même titre que le fœtus. Toute la société sera grandie par ce respect donné sans contrepartie au plus faible et au plus petit d’entre nous, c’est indéniable. C’est ce message qu’il faut faire passer.

Reste la question des progrès médicaux qui pourraient découler de ces recherches; mais des solutions alternatives existent, un peu plus complexes mais bien réelles. La grandeur de l’homme est notamment de respecter tous les hommes, « sans distinction de race, de couleur, de sexe de langue, de religion… » ; ne pourrait-on ajouter sans distinction d’âge ou de nombre de cellules ?

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Retrouvez Veilleur Embryon sur son blog dédié à l’embryon,  ou sur son compte Twitter

Parcours de l’élaboration d’une loi : http://www.assemblee-nationale.fr/juniors/schema.asp

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Commentaires

  1. Wilhelm du Jdv
    8 août 2013 at 17 h 08 min

    Bravo, Jordane pour ces explications détaillées. Pour ceux qui veulent creuser un peu, je rajoute un lien vers le lexique spécialisé d’Albert Barrois:
    http://albertbarrois.blogspot.fr/2013/07/petit-lexique-des-cellules-utilisees-en.html

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